Soudage : la cobotique doit changer de dimension

Avis d’expert – Stephen Blanchard, expert cobotique, Fronius

Le parc mondial de robots dépasse 4,6 millions d’unités, mais la croissance ralentit à 6 % (IFR, 2025). Dans le même temps, l’industrie française fait face à une pénurie critique de soudeurs, avec 100 000 recrutements à assurer. Pour Stephen Blanchard, expert cobotique chez Fronius, la réponse passe par un virage : passer d’une cobotique d’appoint à une cobotique de haute précision.

La promesse initiale de la cobotique a levé un frein majeur : la complexité de programmation. Elle a permis d’automatiser rapidement des tâches simples.

Mais aujourd’hui, le besoin a changé. Pour un industriel, l’enjeu n’est plus seulement de souder une pièce, mais de garantir une qualité constante sur une grande diversité de cas, avec des exigences d’ultra-précision.

Le plafond de verre technologique des cobots actuels

Le segment des cobots de moins de 5 kg, qui représente encore 44 %([1])(https://interactanalysis.com/insight/collaborative-robots-revival-forecast/) du parc, atteint aujourd’hui ses limites. Pour adresser des secteurs comme le naval ou le nucléaire, un changement de dimension est nécessaire, celui de la charge utile.

Pour garantir une soudure industrielle fiable, un cobot doit désormais embarquer des équipements lourds : torche refroidie, dévidoir, capteurs laser. Sans rigidité mécanique parfaite, impossible d’éviter les micro-vibrations qui dégradent la qualité. Seules des structures capables de supporter ces masses permettent d’atteindre les tolérances millimétriques exigées par les procédés TIG et MIG.

Ce basculement est déjà en cours. Les cobots de plus de 10 kg affichent la plus forte croissance du marché, avec +24,3%(2) attendus en 2026.

Ce virage est imposé par la réalité du terrain. L’industrie française doit former 100 000 soudeurs pour sécuriser des programmes stratégiques comme l’EPR2 ou la propulsion navale. Avec un indice de tension proche de 80% (3), la pénurie de soudeurs devient un risque de blocage industriel.

La cobotique devient un levier stratégique

Dans ce contexte, la cobotique change de rôle. Elle devient un outil de continuité industrielle. Elle permet de maintenir la production malgré des équipes réduites, de redorer l’image du métier, en passant d’un travail pénible à un pilotage de systèmes intelligents.

Le marché de la cobotique ne franchira un nouveau cap qu’à une condition : sortir du cloisonnement des procédés. L’avenir appartient aux solutions capables de basculer d’un procédé à l’autre avec fluidité, comme un soudeur change de torche.

Cette polyvalence devient indispensable pour répondre à la complexité croissante des structures industrielles. Le défi n’est plus de faire bouger un bras articulé, mais d’embarquer une véritable expertise métier dans la machine.

Le véritable enjeu n’est plus d’automatiser un geste, mais d’industrialiser une expertise. Les industriels qui réussiront cette transition vers des cobots multi procédés et haute précision ne compenseront pas seulement la pénurie : ils transformeront une contrainte en avantage compétitif durable.

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